30.05.2008
Columbus, Toronto, Londres, Toronto, Francfort, Bruxelles, Paris, Birmingham, Bruxelles, Washington, Columbus, etc
Ouf, pas fâché d'être de retour à la maison.
Le problème, c'est de savoir où elle est maintenant la maison, au juste.
Et ça ne m'a pas l'air parti pour s'arranger, cette affaire.
04:05 Publié dans De l'employabilité en période de tempête | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : maison, voyages
10.09.2007
Persoweb : lettre aux (é)lecteurs
Je publie ici, pour mémoire, une note un peu fantaisiste (d'où le déménagement) initialement parue sur "New world,new deal" à l'occasion de la nomination de ce dernier blog pour le concours Persoweb organisé par Le Soir et RTL, alors que le président de la République venait de rendre publique sa "lettre aux éducateurs".
Madamemonsieur,
Avec un jour de retard sur la date que j'avais initialement prévue - mais bon, je vous le dis sans détour, il fallait vraiment qu'on sème la pelouse aujourd'hui vu qu'on reporte ça depuis le printemps -, je saisis l'occasion de la rentrée, la première depuis que je suis aux Etats-Unis d'Amérique, pour vous écrire.
Je souhaite vous parler de l'avenir de nos relations. Cet avenir, il est entre les mains de chacun d'entre vous qui avez en charge de choisir, de sélectionner, de protéger l'esprit et la sensibilité qui, certes, ne sont pas encore complètement formatés, qui n'ont pas atteint leur pleine maturité (oui bon ça va), qui se cherchent, qui sont encore fragiles, vulnérables (il est lourd des fois lui aussi) - mais bon en même temps aussi très forts dans leur tête (non mais).
Ah, qu'il faut en traverser des épreuves Madamemonsieur, des fois, je vous jure quand on voit que dans son propre courrier il y en a qui vous tirent dans votre propre pied sous votre propre plume, et aussi que dès qu'on a le dos tourné, il n'y a plus personne qui vote pour vous.
Vous avez la responsabilité d'accompagner l'épanouissement de ses aptitudes intellectuelles, de son sens moral - et, pour ce qui est de ses capacités physiques, si quelqu'un sait comment on peut surmonter les crampes au-delà des 20 km, qu'il m'écrive. Cette responsabilité n'est pas si lourde que ça, quand on y pense, mais elle est des plus belles et des plus gratifiantes - et d'abord pour vous car, je vous le dis, Madamemonsieur, ma victoire, ce sera la victoire d'une équipe qui gagne.
Et une équipe-qui-gagne qui perd, ça ne s'est jamais vu.
Ou alors à la dernière coupe du monde de foot, mais bon, alors là, si on se met à insulter ses adversaires et leur famille aussi, où on va, hein, je vous le demande ? Question sens moral dont je viens justement de parler, on a bonne mine après.
Non, Madamemonsieur, aider mon intelligence, ma sensibilité à s'épanouir, à trouver leur chemin - comme par exemple l'autre jour après le festival grec -, quoi de plus grand et de plus beau en effet - et aussi de plus pratique, après le festival grec ? (Soyons clair : je n'ai rien contre les Grecs et d'ailleurs, même si c'était le cas, je ne pourrais guère, dans ma position, en faire état. Tant de culture. Et tellement d'incendies en ce moment, en plus. Mais bon, si, dans le vin résiné, ils pouvaient mettre un peu plus de vin et un peu moins de résiné, ça détendrait quand même tout le monde et on retrouverait plus facilement son chemin après, comme je dis dans ma lettre).
Quoi de plus difficile aussi ? Mouais, bof. Je l'ai écrit, je l'ai écrit ; mais je ne suis pas persuadé que ça soye super dur non plus, il ne faut tout de même pas exagérer. Car à côté de la fierté de voir le nombre de votes grandir, les commentaires et les jugements s'affirmer, à côté du bonheur précieux - et aussi, là d'accord : fragile et vulnérable - de cliquer sur lui, il y a toujours la crainte de se tromper, de brider un talent, de freiner un élan, d'être trop indulgent ou trop sévère, de ne pas comprendre ce que ce brave type, au fond, porte lui-même, comme par exemple les lourds sacs de graines et d'engrais ce matin, ce qu'il éprouve quand il sème, et la pelouse qu'il est bien capable de réussir à faire sortir de terre, le bougre - du moins, si les oiseaux veulent bien arrêter de bouffer les graines et les écureuils de creuser des trous.
Je ne le répéterai pas deux fois.
Eduquer c'est chercher à concilier deux mouvements contraires : celui qui porte l'écureuil à trouver sa noisette et celui qui pousse à lui inculquer que, faire des trous partout, franchement, ça rien de juste, beau et vrai. Et ce n'est pas la peine d'avoir lu Platoon pour en arriver à cette conclusion.
Une exigence s'impose au lecteur face au blog qui grandit, celle de ne pas étouffer son développement sans renoncer à lui faire part de vos commentaires. Chaque blog, chaque post a sa manière propre. Savoir ou le trouver était placé au-dessus de tout - oui bon, il ne faut pas pousser non plus. Cette relation a sa grandeur. Exigeante et rigoureuse, elle tirait, et elle tire encore, vers le haut, elle amenait, et elle amène encore, je ne sais pas si c'est malgré soi, mais c'est à se dépasser en tout cas.
L'exigence et la rigueur de cette relation en faisaient un puissant facteur de victoire au Persoweb.
Beaucoup de blogueurs néanmoins souffrent et se trouvent exclus des bienfaits du vote. Ce n'est pas parce qu'ils manquent de talent, ni parce qu'ils sont incapables d'apprendre et de comprendre, mais parce que leur sensibilité, leur intelligence, leur caractère se trouvent mal à l'aise dans les malheureuses voix que l'on veut lui attribuer à ce blog - une misère, Madamemonsieur.
Mais bon, Madamemonsieur, vu qu'il est quand même tard, que j'ai aussi beaucoup de travail demain à cause du retard lié à la pelouse qu'on ne pouvait pas reporter aujourd'hui et aussi des formalités administratives à préparer avant mes prochains voyages, je vais être obligé de reprendre demain ou plus tard ma lettre d'hier et de faire une petite parenthèse parce que, si je ne compte que sur mon premier projet de lettre, on n'est pas couchés.
Je me vois donc contraint de revenir quelques instants sur le concours "Persoweb" dont je vous ai parlé l'autre jour. Naturellement, si j'y reviens au risque disons d'une certaine lourdeur de style, c'est parce que même sans partager l'intimité de chacun d'entre vous tous les jours, je sais bien que vous avez tous, ou presque, déjà oublié. Ce n'est donc pas de gaité de coeur, croyez-moi. Surtout depuis que j'ai découvert les commentaires. Oh, ce n'est pas qu'ils soient désagréables ces commentaires, au contraire Madamemonsieur, c'est plutôt à cause des courants d'air entre les commentaires.
Vu que, globalement, c'est un peu chétif comme nombre de commentaires. Et je ne dis pas ça que pour Persoweb, même si c'est ma préoccupation du moment et que c'est pourquoi j'ai voulu vous écrire une lettre à votre domicile.
Et pourtant, Madamemonsieur, vous pouvez encore tout faire basculer. Jusqu'au 7 septembre - et remarquez bien, Madamemonsieur, qu'on est déjà le 5 -, vous pouvez attribuer un vote par jour - oui, par jour -, au blog de votre choix.
Par exemple : New world.
Ou sinon New deal.
Je ne suis pas fermé non plus. Je serais même le seul de ma catégorie à offrir une vraie alternative. Ah certes, j'entends déjà les beaux esprits protester. Mais c'est à tort : on peut très bien - new world - avoir un nouveau monde, mais sans aucune perspective nouvelle. Ou - new deal - un nouvel élan, mais toujours dans le même vieux monde.
L'enfer, quoi.
Eh bien, New world, new deal, c'est à la fois l'alternative et la synthèse. Un truc, en somme, à rendre fou le parti socialiste.
J'espère donc, pour ma part, qu'il y a plus de votes que de commentaires sur Persotruc, sinon je vais être obligé de me terrer sous la blogosphère, à l'étranger, pendant plus longtemps que prévu, les amis. Peut-être même pendant de longues décennies. Car enfin, le type qui reverrait sa normandie comme ça et qui n'aurait même pas gagné le concours Persoweb, entre nous, de quoi il aurait l'air à parcourir à cheval toute la côte de Cherbourg à Dieppe au retour, dédaigné de tous et seulement acclamé par les flots ?
Serait-il même décent qu'il rentrât au pays, même plus tard, le type ? Non, naturellement. Ou alors, c'est comme dans Braveheart, et alors là, pas de quartier les gars. Je ne menace personne : j'essaie juste d'anticiper sur un possible enchaînement des faits quand viendra l'heure de la reconstitution. Et alors là, Madamemonsieur, il sera trop tard pour dire qu'on ne savait pas.
Bref, j'en reviens à la fin de ma lettre.
Le temps de l'élection est venu. C'est à cette élection que je vous invite. Nous avons déjà trop tardé.
Surtout vous, Madamemonsieur.
Sacré Madamemonsieur, va.
02:42 Publié dans De l'employabilité en période de tempête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : persoweb, blog, Sarkozy, politique, lettre aux éducateurs
24.04.2007
Pataskala Tornado (2) Du problème de l'employabilité en période de tempête
Tout au long de la semaine, j'ai donc vaillamment enrichi l'éventail, certes déjà large, de mes compétences : chauffeur, garde du corps, goûteur, teenager-sitter, punching ball, nounours (aujourd'hui encore, il y a Barnabé, un hippopotame en peluche coincé entre deux coussins, qui témoigne de l'étendue du désastre sur le sofa), majordome, clown, chien de compagnie (j'ai même été rebaptisé "Dudaï Brutus", une sorte de mix entre Doudou et Toutou, pour la circonstance), assistant video, secrétaire, DJ, coach. Et j'en passe.
Il faudra que je leur en reparle à l'ANPE, ils ont pas voulu de moi, mais je les aime quand même. Il faut dire aussi que je traverse une phase christique d'amour universel pour le genre humain ces derniers temps, ça se voit surtout à mes cheveux plus longs et à mes jeans "shabby", comme on dit chez Abercrombie. Quand je pense d'ailleurs qu'à l'heure qu'il est, Anny est en train de présenter ses collections au boss de la New Albany Company et à ses acolytes, je me sens quand même un peu coupable.
A moins que je ne me fasse embaucher dans une boutique d'Aber. Je le sens moyen, remarquez, le : "Il te plaît ton nouveau slip, Bob ? ça te dirait une casquette avec ?". Sur un plan esthétique, la concurrence est rude, mais l'autre jour, dans la boutique d'Easton, il y a bien une cliente qui m'a pris pour un vendeur (c'était juste avant que je comprenne que les filles n'en auraient pas pour dix minutes comme convenu, mais pour cinq heures). Mettons qu'il s'agissait plutôt de la mère d'une cliente, mais quand même. Il faut bien reconnaître aussi qu'avec mes nouveaux jeans déglingués et mes tee-shirts californiens, je me rapproche quand même davantage jour après jour, mine de rien, de l'American teenager way of life que du standard des réunions SFAF au Lutetia. Ah, à peine arrivé qu'il est bien parti le retour, tiens. Aujourd'hui, quand je regarde mes costumes, je commence à me demander, un peu comme un capitaine du GIGN devant une armure d'Azincourt, pourquoi il faudrait que je m'habille en musée pour aller vaquer à mes occupations.
Tout de même, ça pourrait bien me relancer dans les services cette semaine multi-tâches, c'est sûr. Je pourrais aussi, tornade oblige, y ajouter une petite touche de passion météorologique et un surcroît d'expérience en gestion de crise, histoire d'assurer la cohérence avec ce qui a précédé. La cohérence, il n'y a que ça de vrai les enfants : on peut faire un truc débile toute sa vie, l'essentiel, c'est de le faire avec cohérence - cohérence définie comme l'amplitude à l'intérieur de laquelle il est possible de faire le truc en question de façon un peu plus, ou un peu moins débile. Je sens que ça va nous ouvrir des perspectives immenses, l'employadébilité.
Quand je repense, à propos de ma dernière tornade, à cette histoire d'injonction paradoxale à dormir debout, ah ! on m'y reprendra à disserter sur les théories fumeuses des gars de Palo Alto - encore un type qui n'a pas dû croiser Camille sur son chemin, Watzlawick. Sans parler du fait qu'une écrasante majorité de lecteurs sont quand même plus intéressés par la gaudriole que par le new deal, ce qui va finir par me poser un problème - à moins que ce ne soit le sens de l'histoire. Parmi les autres, même ma mère a laissé tomber ; d'ailleurs, depuis l'histoire de l'Aston Martin, c'est bien simple, elle ne me parle plus, même s'il subsiste un doute attendu que mes parents sont partis gambader au Cap-Vert entretemps et que ça ne doit pas être truffé de web cafés à tous les coins de savane non plus, ce pays, ça me laisse une chance de détruire la note avant qu'ils ne reviennent à la maison.
Ou alors - je réfléchis tout haut -, j'embauche un hacker du coin pour flinguer les connexions à Baons, mais ça risque aussi de ralentir le rythme de croissance du portefeuille de mon père chez Boursorama et, virtuellement et par ricochet, d'appauvrir ma situation à long terme, si bien que je me retrouve dans un dilemme cruel entre ma futurabilité patrimonialesque et ma présentabilité blogomaniaque. Encore n'intégrè-je pas ici ma crédibilité professionnellatique qui, et je peux le comprendre, pourrait apparaître, à la lecture de ce blog, en aussi bonne posture que Gérard Schivardi dans la course à la présidentielle. En matière de course, il ferait mieux de se concentrer sur les échalottes, cela dit, Gérard Schilardi. Mettons que j'en profite pour m'occuper de mes oignons : qui est-ce qui va se dévouer, pour la ciboulette ?... Parce qu'il a autre chose de mieux à faire, peut-être, le Frédéric Nihous ? Et pourquoi Vercingétorix il se présenterait pas non plus, tant qu'on y est ?
Bon, qu'est-ce que je disais déjà, ah oui, mais qu'est-ce que je lui ai donc fait à Watzlawick, hein ? Fais gaffe, Paul, faudrait quand même voir à ne pas abuser de ma période christique non plus. Ou alors c'est un peu comme la fable de La Fontaine avec Abraham, sauf que Dieu, au lieu de me demander d'écraser une fourmi dans Animal Planet, m'aurait envoyé une tornade sur National Geographic - genre, ah, monsieur chantait avec Palo Alto, eh bien, qu'il danse avec l'injonction paradoxale, maintenant.
A moins que ce ne soit plutôt l'histoire de la tentation de Jésus par le diable dans le désert, je ne me souviens plus bien quelles soldes (genre "moitié pour cent" comme dirait Camille qui, après un an dans le Kansas, a un peu de mal à recauser français dans le texte) il lui propose à Jésus, Satan, chez Abercrombie, mais je sais que c'était pas un moment facile pour lui, il a fallu qu'il soit super aware et fort dans sa tête, Jésus, pour ne pas céder à la pression du shopping.
Ou l'on voit que ma prédisposition évidente à la psychologie fait de moi, outre un coach naturel, un exégète motazilite de premier plan - Note pour mon conseiller ANPE : surtout, ne pas chercher à rentrer "motazilite" dans le référentiel métiers, ça va faire péter le système, on va mettre toutes les agences au chômage, et on va se prendre une telle série d'engueulades en chaîne qu'à la fin, c'est sûr, il y aura des morts. Tiens, allez, au hasard, Schilardi, viré. Non, bon, je veux bien me dévouer encore pour cette fois-ci à cause de mon potentiel de résurrection du moment, mais faudra pas y revenir, je serai pas toujours là pour vous sauver les miches les gars, ok ?
En tout cas, quand ça vous passe dessus, pas moyen de réfléchir à toutes ces questions pourtant passionnantes : ça ruine toute velléité d'activité ou d'intérêt étrangère à son coeur, une tornade de cet acabit. Avec une légère rémission, à mi-séjour, autour de l'Ecole du Louvre que Camille, qui a un joli coup de crayon et un sens munchien en diable de la couleur, veut intégrer. Il va falloir se dépêcher d'aller s'y faire une toile avant parce que, une fois que Pastakala Tornado y aura pointé son nez, les déferlements touristiques du Da Vinci Code vont vite prendre l'allure d'un mouvement de panique dans l'autre sens digne de War Of The Worlds, je vous le dis moi, ça va déménager chez les Templiers - et d'ailleurs, si ça se trouve, c'est à Kansas City qu'il se cache, le tombeau de Marie-Madeleine.
C'est pas un scoop, ça, peut-être ?
Les tornades, c'est sûr, ça pertube un peu. Mais le truc, c'est qu'à peine elles ont passé leur chemin que, déjà, elles vous manquent.
04:26 Publié dans De l'employabilité en période de tempête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jésus, shopping, Gérard Schivardi, Frédéric Nihous, Azincourt, GIGN
Pataskala Tornado (1) Prom bal, shopping et burito
Elle aurait pu venir des Rocheuses, des Appalaches ou des Grands Lacs, c'est du Kansas qu'elle a finalement surgi ; embrasser les grandes plaines du Mississipi avant de fondre sur Columbus, elle a préféré prendre l'avion ; prendre un nom de président, de star hollywoodienne ou de bataille du pacifique, elle a opté pour un prénom d'artiste.
Nom : Camille. Age : 18 ans. Statut : nièce. Date d'arrivée : 16 mars. Date de départ : 25 mars. Niveau d'alerte : maximum. Dégâts : en cours de chiffrage. Séquelles : profondes.
Regards perdus dans le vide, épuisement physique, tics nerveux, tremblements de la maléole, lessivage psychologique, Weltanschauung laminée, tics nerveux incontrôlables, appartement dévasté (encore que désormais truffé de nounours, bretelles de soutien-gorges et autres rubans dorés)...
Au 3627, Chagrin Drive, on est à peu près aussi guillerets qu'à Stalingrad en février 43, à la clôture des festivités germano-soviétiques.
Tout avait pourtant commencé de façon paisible, il y a une dizaine de jours. Rayonnante mais sage, Camille débarquait à Columbus, ayant juste égaré ses bagages à Chicago, avec seulement un jour d'avance sur le planning. Le premier jour fut tranquille et harmonieux, tout empreint du bonheur des retrouvailles.
On devrait toujours se méfier des premiers-jours-tranquilles-et-harmonieux tout- empreints-du-bonheur-des-retrouvailles - et des expressions à la noix par la même occasion. Il apparaît, rétrospectivement, comme une sorte d'ultime répit avant la tempête, ce premier jour fourbe et dangereux.
Et elle ne tarda guère à se déchaîner, d'ailleurs, la tempête.
Les jours suivants furent en effet pris dans une double tornade furieuse, l'une mue à l'ouest au-dessus du quartier commercial d'Easton par un nouveau genre de shopping compulsif et dévastateur, l'autre à l'est sur la paisible bourgade de Pataskala par une nécessité absolue de faire réaliser sur place la robe de "prom", ce bal qui aux Etats-Unis clôt l'année scolaire. Impossible d'échapper au déchaînement de cette tornade adolescente qui emporta tout sur son passage, et finit par envahir non seulement la salle de bain, le dressing et la bibliothèque, mais aussi le salon, le bureau et la voiture.
Et même les rendez-vous avec l'agent immobilier, tant qu'à faire - des fois que nous l'eussions oubliée, ne serait-ce qu'un quart de seconde, la robe ; à moins que ce ne fût pour vérifier que, sous son apparence d'agent immobilier, l'agent immobilier avait, lui aussi, une vraie passion pour les robes de bal. Du bol, il s'appelait Kelly, notre agent immobilier. Il se serait prénommé Malcolm ou Robert que ça aurait sans doute été plus tendu, à certains moments. Bref, on aurait pu dormir sous une tente sur les bords de l'Ohio le mois prochain ou se nourrir de Wonka Razzapple Magic Dip matin, midi et soir pendant deux ans : l'essentiel était que l'on repartît le jour dit avec la même robe que la cousine de Monica Bellucci dans Mission impossible III.
Paranthèse culturelle : le Wonka est un truc que m'a fait découvrir Camille, une sorte de mélange de sucres fruités - celui-là associait judicieusement fraise, cerise et pomme - que l'on goûte avec un batonnet, sucré lui aussi pour ne rien gâter, ou alors seulement les dents. Je me demande du coup si ce n'est pas le produit miracle qu'ont ingéré Lance Armstrong et Floyd Landis sur le Tour de France, ce truc - auquel cas je suggère que les médecins du Tour s'intéressent davantage à la langue qu'à la vessie des coureurs : moins gênant, et plus efficace au vu de la coloration chimique prononcée et persistante de cette saleté de confiserie amerloque.
Ce n'est d'ailleurs pas tout. Camille, qui fait généreusement partager ses coups de coeur et qui a une passion manifeste pour la gastronomie mexicaine, surtout celle de chez Tacobel, m'a aussi fait découvrir le burito. Ah, le burito, les amis, rien que d'y repenser, je m'étouffe derechef. Mais la pire étouffade, c'était quand même la première, avec le burito lui-même (moi non), le vrai, celui qui est fourré au riz, aux haricots rouges, au poulet grippé avec une petite touche de Chili sauce, de compote d'avocat mauve et aussi une pâte en plastique rafistolée tout autour, des fois que le consommateur trouverait ça trop facile à ingurgiter, même sans le caoutchouc.
La vache. Si le Wonka est à la diététique ce que l'huile de foie de morue est à la gastronomie, alors le burito est à la paix entre les peuples - et en particulier avec le peuple mexicain, qui est quand même vicieux comme peuple pour avoir ne serait-ce qu'imaginé un truc comme le burito -, ce que la Dianétique est à L'Etre et le néant, avec tout de même plus d'accointances avec le néant.
Mais bon, ils étaient peut-être morts de faim, quand ça leur est venu, l'idée du burito, au Mexique.
04:26 Publié dans De l'employabilité en période de tempête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shopping, Tour de France, L'être et le néant, Monica Bellucci, Camille
10.04.2007
Zénitude (le problème avec la quarantaine)
Tout allait bien, jusqu'à ce que je tombe sur ce papier de L'expansion l'autre jour intitulé "Négocier les virages de chaque âge", chapitre "redonnez-vous de l'élan" la quarantaine venue. "40 ans, c'est l'âge où la maturité fait craindre la calcification, résume avec humour Yves Desjacques". Voilà qu'ils se croient drôles maintenant à L'expansion.
Si la calcification désigne "l'infiltration par des sels de calcium de tissus ou organes qui n'en contiennent pas normalement" (Petit Robert), pourquoi ça ne toucherait pas le cerveau ? Je veux dire, le calcium, il va bien finir par trouver où il se cache, un jour, le cerveau ? Je préfère le prévenir tout de suite : vu ma tendance à fonctionner avec un seul hémisphère, ce n'est pas gagné. Par exemple, à Questions pour un champion, je n'ai jamais pu dépasser deux bonnes réponses d'affilée ; et encore, il fallait que ça porte sur des questions d'histoire très connues, comme le cheval blanc de Rocky IV.
Il est peut-être trop tard, finalement.
Poursuivons, malgré tout, la lecture de ce passionnant article. "La mise en orbite de sa carrière étant en principe derrière lui (aïe, mais je ne suis sur l'orbite de rien du tout, moi, les gars, je vois bien de temps en temps d'autres planètes sur Encyclopedia, mais ça s'arrête là), le quadragénaire doit solidifier sa trajectoire" (couper des arbres dans l'Ohio, ça le fait comme solidification ?). "Tout en n'évitant pas les questions dérangeantes" (on n'a pas déjà fait le tour, là ?) : vais-je faire le même métier toute ma vie ? (bûcheron pendant trente ans, ça va pas non ?) Ne devrais-je pas tenter une mobilité internationale ?
A la bonne heure, enfin une idée brillante.
"Il s'agit, poursuit le journal, de la transition professionnelle la plus délicate pour le cadre (délicate ? mais je me sentais d'une zénitude mêlée d'audacitude à toute épreuve avant de lire cet article, moi). Celui-ci éprouve souvent le sentiment d'être positionné sur des rails le menant tout droit jusqu'à sa retraite (ils ont un partenariat avec La vie du rail à L'expansion ou quoi?). D'où une certaine angoisse existentielle qui peut le saisir au moment de faire le bilan de la fameuse mi-vie, confirme le coach Thierry Chavel".
Mais il me connaît d'où, lui, Thierry Chavel ?
Ça porte un nouveau nom d'ailleurs ce syndrôme : la "middlescence aiguë", contraction de middle age et adolescence (Morison, Erickson & Dychtwald, in Harvard Business Review, mars 2006). C'est comme enfant gaté, mais sans le gâteau. Et ce ne serait pas une chimère : près des deux tiers des 7700 salariés de 35 à 55 ans interrogés par les auteurs ne se sentiraient plus "énergisés" par leur travail, et un sur trois aurait le sentiment d'être dans une impasse. En somme, il faut choisir : devenir un leader, se droguer. Ou aller en finale de Questions pour un champion.
Heureusement, il y a mon ami Byron, un canadien rencontré il y a vingt ans dans un cercle universitaire international - et que l'on pourrait bien retrouver Premier ministre du Canada d'ici quelques années - qui m'a remonté le moral, dans son dernier mail. D'abord, en plaçant d'emblée cette expatriation à son vrai niveau: "Ton séjour américain sera excellent pour les rapports franco-américains, globalement". Traduisez: le prochain discours à l'ONU, c'est pour toi (surtout peut-être dans le cas où je serais en finale avec Besancenot). Il est comme ça Byron, il m'a toujours vu exercer de hautes responsabilités politiques. Il faut dire qu'à vingt ans, on s'était faits élire comme délégués de ces forums étudiants par une sorte d'assemblée générale internationale et, depuis, ça nous est un peu monté à la tête.
Il poursuit : "Columbus, ça va, il a une masse critical de commerces, et il est un vrai ville américaine, donc il sera un bon expérience cultural". Ouf. "Il y a un enorme université, donc beaucoup de jolies jeunes filles". Ah oui mais là, non Byron. Quelle folie, quand j'y repense, ce concept de grands raouts étudiants internationaux, je ne dis pas du point de vue de la coopération entres les peuples - sous cet angle, ça créait des liens indéniables-, mais de celui du progrès de la recherche fondamentale.
D'ailleurs, il corrige tout de suite - il est très bien ce garçon : "C'est formidable que tu peux être flexible avec ta carrière pour suivre ton femme" (il prononce toujours "feum" ; et, c'est plus fort que lui, il le met toujours au masculin, c'est quand même un drôle de pays le Canada). Ah ça, c'est rien de le dire. Flexible, c'est la traduction pour kamikaze en yankee ? Parce qu'en fait de le négocier, je le passerais plutôt tout droit comme une brute, moi, le virage de la quarantaine.
07:05 Publié dans De l'employabilité en période de tempête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : L'Expansion, management, quarantaine, angoisse existentielle, Byron
Agence nationale Pour l'Expatriation (2) Pour une poignée de dollars
Numéro 20 ? numéro 20 ?! numéro 21 ?... J'étais tellement absorbé dans mes pensées que j'ai failli me faire doubler sur le fil de ma nouvelle vie. Je pensais à la réplique de Jean-Claude Van Damme dans Chasse à l'homme. Après avoir criblé de balles un malfrat (qui l'avait bien cherché, il faut bien le reconnaître, un vrai sale type comme dirait Régine), il se penche vers lui et lui souffle à l'oreille : "Désolé pour ta chemise, mon vieux". Sacré Jean-Claude. C'est comme ça, tous les trucs débiles, je m'en souviens. C'est comme les refrains de midinettes que je chantonnais à longueur de journée au Quai (par exemple : "Quand vient la fin de l'étéééé sur la plaaa-geuh..."), en rédigeant des notes sur les dernières facéties de la junte, en Birmanie, entre deux coups de fil de la troisième secrétaire de l'Ambassade - une tueuse. A la fin, ma binôme, une mélomane en plus, elle n'en pouvait plus. Moi, avec la junte birmane, pareil.
Identifiant s'il vous plaît ? - euh, numéro 20 - non, l'identifiant ! - euh... Ça commence mal cette affaire. Voyons voir : badge de cantine ? date de naissance ? numéro de carte bleue... non ? Faut pas me faire des trucs comme ça, madame, je suis quand même fragile, moi, comme nouveau chômeur. Je sens bien qu'au fond d'elle-même, elle n'est pas méchante d'ailleurs, cette femme. Parfois même, quand on la fait rire, un sourire passe, imperceptible, sur son visage marqué. Puis elle reprend vite son rôle, sinon on sent bien que ça ferait craquer tout l'édifice, qu'elle enverrait tout valdinguer - ce système tout gris, et son mari avec. Peut-être bien qu'elle m'immolerait par le feu dans la foulée, on ne sait pas ce qui peut passer par la tête des gens, dans ces moments-là.
Prudence.
S'ensuit une investigation minutieuse à l'issue de laquelle le verdict tombe. Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est que j'ai 100 % des pièces demandées. La mauvaise, que j'ai 0 % de celles qui ne m'avaient pas été demandées. Et qui sont pourtant indispensables. Il faudra renvoyer tout ça vite fait, sinon je n'aurai pas le temps d'entrer dans les listes que j'en serai déjà sorti. On peut dire ce qu'on veut, ils sont quand même super rapides aux Assedic, on le voit bien sur le terrain.
Ce n'est pas terminé. Je dois aussi passer voir mon conseiller ANPE pour l'emploi, en face. C'est quelqu'un qui va m'aider, à qui je pourrais me confier, et qui me proposera des premières pistes de job. Là, j'ai un moment de flottement compte tenu de ce qui avait été convenu au téléphone, sur l'anticipation de mon départ. Manifestement, il faut quand même faire semblant, la machine ne pourrait sans doute pas tolérer cet écart de procédure. Elle vient de photocopier le contrat de ma compagne, je viens de lui réexpliquer la situation. " Ah, ben elle va être belle la vie là-bas!" Bon. Je fais donc comme si c'était une idée très positive de l'ANPE. Mais je redoute le pire. Qui n'est jamais sûr. Comme quand on roule à 150 km/h en freînant à dix mètres du mur. Il y a toujours un espoir, si Spiderman passe par là, en revenant de la boum de Sophie Marceau, le soir de l'élection de Bayrou.
De fait, avec mon nouveau coach, j'entre dans une nouvelle dimension. D'abord, mon rendez-vous tombe mal : c'est l'heure du déjeuner. Au signe qu'il me fait d'entrer, je comprends qu'il va me tolérer à titre exceptionnel, mon conseiller spécial, mais c'est vraiment parce que, comme ça, soudain, il m'aime bien. Il ne va pas falloir que je me la ramène de trop non plus.
Même si ça part sur une base amicale forte, à l'évidence, tous les deux.
- Quelle est votre profession, monsieur ? directeur de la communication. Il cherche. Désolé, mais on n'a pas de code pour cette profession. Ah ? eh bien, je ne sais pas moi, on pourrait peut-être regarder à boulanger, garagiste. Ou proxénète ? non non, je plaisante, je ne mange pas de ce pain-là - pour boulanger ou pour proxénète, précisez s'il vous plaît, ce n'est pas le même code - on ne va pas y arriver là : les deux, tenez, mettez chargé de communication voir... Quelques instants de tapotage de clavier. Ah, votre bassin est en tension monsieur (je suis tombé sur le seul rebouteux de toute l'ANPE d'Ile-de-France) Il y a beaucoup d'offres, et dans votre branche, et dans votre secteur géographique (je savais que j'étais né sous une bonne étoile) : nous allons les examiner une par une, si vous voulez bien. Super, très bonne idée que je fais, assertif.
A-t-il senti un brin d'ironie ? A moins qu'il n'ait percé à jour le flottement de mon business plan et préféré m'orienter, sagement, vers un vrai métier ? Ils ont l'oeil ces gars-là, c'est le métier qui parle, parce que des gugusses comme moi qui se prétendent charcutiers en chef, ils en voient passer quelques uns par ici, on ne la leur fait plus. Suit donc un inventaire remarquablement bien ciblé : hôtesse d'accueil, responsable fichiers, sous-traitant de l'assistant d'un webmaster d'une start up d'une personne en projet (mais en fort développement), coursier dans une agence de communication... On en passe au moins une trentaine d'opportunités, comme ça, en revue : c'est vrai que c'est beaucoup, mais ça montre bien la tension dans mon bassin. Une fois sur trois, le salaire horaire oscille entre 6,1 et 8,03 euros de l'heure.
Un petit coup de mou. Je le sens mal, d'un coup, mon nouveau challenge avec l'ANPE.
Mais bon, je vois bien qu'il débute dans le métier, il veut bien faire, il sent, malgré ma bonne volonté évidente, un problème d'appropriation, il cherche à comprendre pourquoi je n'adhère pas à la nouvelle démarche active de l'agence. Je fais donc pédagogique : ce sont tout de même des fonctions très spécialisées, ces offres, je ne suis pas sûr d'être à la hauteur non plus. C'est comme pour cette histoire de poulets, dans le Kentucky. - Ah, mais si le poulet vous intéresse, monsieur, j'ai là un très beau job de manager chez Kentucky Fried Chicken justement, un métier de relation, pour ne pas dire de communication - ça vous dit ? (...) C'est vrai que c'est tentant, mais je vais quand même réfléchir un peu. Tant pis si, par maheur, le boulot me passait sous le nez.
En même temps, si ça continue comme ça, je peux peut-être aussi faire dans la tarte, remarquez. Après tout, il y a un important besoin de tartes dans le monde, aussi.
La conclusion finit par s'imposer : il faut organiser un rendez-vous avec un conseiller encore plus spécialisé. Même si c'est quand même difficile à imaginer. Comme il faut choisir un créneau tout de suite et que je n'ai pas mon agenda, réflexe magique, j'appelle mon assistante pour trouver ledit créneau en quelques secondes, sans me rendre compte de ce que je suis en train de faire. Je raccroche. Et là le type me fait :
- Mais, vous travaillez encore en ce moment ?
Un éléphant rose passe dans la pièce avec de petites ailes - très mignonnes d'ailleurs, les petites ailes. C'est sûr, ça fait désordre. Alors, je recommence mon explication et là, ouf, je sens bien qu'il fait comme s'il n'avait rien entendu, il s'en bat les orteils de mes circonvolutions, mon conseiller spécial. En bon coach, il est centré sur le résultat, c'est un homme d'action, ce qu'il lui faut, c'est inscrire un autre rendez-vous sur l'agenda de son collègue expert, et un code dans la case. Et on finit par en mettre un, de code, dans la case : pilote de ligne, hôtesse de l'air, charcutier, président du conseil constitutionnel - on s'en contrefout. Ce qui compte, c'est le code. Le pire, c'est qu'il finit par entrer un code erroné, que je me permets de rectifier - on ne sait jamais, des fois qu'ils me convoquent demain matin chez Olida. Ou à la brigade des moeurs de Courchevel. D'ailleurs, d'instinct, il sent bien qu'on ne peut pas avoir confiance dans un type qui fait de la communication.
Allez lui en vouloir.
07:04 Publié dans De l'employabilité en période de tempête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Birmanie, Jean-Claude Van Damme, administration, Kentucky Fried Chicken
Agence nationale Pour l'Expatriation (1) On achève bien les poulets
La première démarche du candidat à la création d'entreprise, c'est... l'inscription à l'ANPE et aux Assedic réunis. Evidemment, dans le genre conquête de nouveaux marchés, ça calme. En fait, il s'agit d'une démarche liée à ma démission pour motif familial, qui peut s'avérer utile pour activer si nécessaire des droits à indemnisation au retour, mais qui vient quand même se télescoper avec mes démarches actuelles pour créer une société en France, avant mon départ aux US.
Démarche préalable qui semble en effet plus pratique à effectuer ici, compte tenu des conditions très restrictives mises à la création d'une entreprise par un résident étranger aux Etats-Unis en tant que Treaty investor (tant pis pour l'avis de l'avocate américaine, qui considère manifestement que le dossier est clos). Sauf si on veut créer une usine de fabrication de poulets dans le Kentucky, ou une unité taxidermique pour centenaires en Floride avec 854 emplois à la clé - pistes sur lesquelles j'hésite encore un peu vu que dans ma prochaine formation marketing, il n'y a pas l'option poulets par exemple, ce qui est un oubli bête compte tenu du besoin de poulets dans le monde. Et puis bon, gérer comme ça 854 employés spécialisés dans le découpage du poulet, ou du centenaire, honnêtement, je ne sais pas si j'y arriverais. C'est quand même un sacré challenge de gérer en même temps les employés et les poulets.
Et moi, pendant ce temps-là, je me tape un article de Guelfand intitulé : "La transdiciplinarité en acte" qui permet d'éviter le piège quantophrénique magistralement identifié par Gilbert Durand dans le décryptage du discours consommateur à travers la méthode dite de l'analyse projective. C'est bien gentil ces conneries, mais heureusement qu'il y en a une qui bosse à la maison parce que, à ce stade, je ne vois pas bien qui à qui je vais pouvoir la vendre moi, l'analyse projective, sur le marché de Short North entre le boulanger et le fleuriste. Ça va faire exotique, ils vont se dire "les français, quelle bande de taches tout de même... " Mais pardon, c'est quand même pas tous les Français qui connaissent l'analyse projective. En plus, Guelfand, il ne m'a jamais payé les études que j'avais faites pour lui, il y a une vingtaine d'années, sur le shampoing Dove pour la maman et pour le bébé. C'était une sorte de CPE en plus performant : on n'était pas sûr d'être embauché, mais on n'était pas sûr d'être payé non plus. La grande époque.
Une heure d'attente par rapport au rendez-vous fixé. Honnêtement, je trouve ça raisonnable. D'autant plus qu'ils n'avaient pas noté le rendez-vous pourtant convenu au téléphone aux Assedic, ce qui aurait pu me valoir de revenir une prochaine fois - situation qui, vis-à-vis de l'administration en général, me met dans un état de transe intérieure. Il faudra quand même que j'aille en parler aux Adventistes du Septième Jour à Columbus, c'est pas normal : on ne perd pas la foi dans l'intêret général comme ça. Mais là, rien du tout, je me sens au contraire extraordinairement détendu comme si, je ne sais pas moi, je me préparais à un week-end de deux ans, une sorte de RTT thermonucléarisée dont personne ne maîtriserait plus le reporting. Je ne dis pas que ça détend tout à fait sur le plan de l'employabilité, en imaginant par exemple la réponse à faire au type qui me demandera bien un jour : "bon, c'est bien gentil tout ça, mais vous avez fait quoi là-bas, au juste ? en insistant bien sur le "au juste " dans le cas où je me serais contenté d'écrire à côté de mon boulot de psychologue pour chiens - ou alors il faudra surtout insister sur le côté psychologie. Mais enfin, dans l'immédiat, ça s'apparenterait plutôt à une apesanteur cotonneuse en situation de vol interstellaire.
Je les trouve gentilles, au reste, les hôtesses de l'ANPE, assez humaines même, elles ont dû faire un stage sur un thème du genre : "de l'usager au client" ou "de l'administration des situations à l'accompagnement des projets" comme dans les hôpitaux pour les malades en phase terminale. Et puis sexy en plus, il faut le dire, c'est étonnant, au début, j'ai même crû que j'étais entré par mégarde dans un bar à filles : cuissardes pour l'une, jean fleuri pour l'autre, petits hauts ravissants. On voit bien que ça bouge, l'emploi, en France. A moins que ça ne soit conçu pour détourner l'attention. Un peu comme si le gouvernement s'entendait avec Laure Sainclair et Zara Whites pour nous persuader qu'en réalité il ne faut pas compter 4,4 millions mais seulement 2,1 millions de chômeurs. Ah ah ah. Mais non, ça ne ferait rire personne. Et puis ce serait tout de même très machiavélique comme technique de communication.
07:02 Publié dans De l'employabilité en période de tempête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poulet, marketing, Dove, CPE, RTT, Zara Whites, Laure Sinclair


